Armand Gfeller vit et travaille à Bruxelles et à Berlin

" Photographie et récit. "


« Le réel est discontinu, formé d’éléments juxtaposés sans raison d’autant plus difficile à saisir qu’ils surgissent de façon sans cesse imprévue, hors de propos, aléatoire »
Alain Robbe-Grillet

Armand Gfeller est né en 1972 à Genève. Le cadre familial originaire d’Entlebuch, favorise son développement artistique. Son père est artiste peintre et un grand amateur de photographie et de cinéma. À 18 ans il entame une formation professionnelle de photographie. Fraichement diplômé, il continue à développer sa passion pour la photographie avec des amis, il réalise des tirages en noir et blanc et des prises de vues en diapositives 6X6. Assez naturellement, il tente de travailler dans un studio photo avec l’envie de faire de la photographie son métier. À 20 ans, il trouve un emploi d’assistant dans un studio mais l’expérience se révèle terriblement monotone et pousse Armand Gfeller à poursuivre des études de photographie et de cinéma expérimental à Bruxelles. Où il réalisera son premier court métrage expérimental, Tomorrow i’ll be gone, sur des photos de décomposition d’émulsion photographique. Le film tristement prémonitoire a du succès en festival Après un deuxième film en 1997 ‘The garden of shadows’ c’est néanmoins vers la photographie qu’il retourne. Son travail aborde systématiquement la question du mythe ou du rêve face à l’image. Pendant le même temps il combine des commandes photographiques pour des ONG et de longs voyages en Afrique, au Moyen-Orient et en Scandinavie. Pendant 10 ans, Armand Gfeller mena une existence de nomade vivant dans des appartements d’amis, dans des hôtels, des petits studios loués au mois.
En 2002, Armand Gfeller perd la quasi totalité de son travail photographique lors de l’inondation du local qu’il louait pour le stockage de ses archives.Ce passage des choses qui sont, à celles qui ne sont plus, est un élément décisif qui va transformer radicalement sa réflexion sur ce qu’est le travail artistique.
Après trois années de latences, l’expérience de la souffrance et de la perte permet à Armand Gfeller de développer un état de détachement qui lui donne une disponibilité au monde qu’il n’avait jamais soupçonnée.
Aujourd'hui, il tente de restituer son oeuvre, en contactant les connaissances qu'il a jadis photographiées, ou rencontrant des amis chez qui il avait laissé des objets lors de ses multiples déménagements. Mais ce processus de reconstruction, loin d’être une entreprise fétichiste, s’avère être un moyen d’émancipation. Ainsi, des images ont refait surface. Et paradoxe, alors qu'elles constituaient à un moment ce qui lui était le plus cher au monde, elles lui sont étrangères aujourd'hui. Alors qu'il les a retrouvées, les images ne lui appartiennent plus. Elles forment des éléments épars désarticulés qui ne sont plus porteurs de la force créatrice qui leur a donné le jour.
Cette perte, cette plaie ouverte, Armand Gfeller ne cherche pas à la guérir. Pour lui c’est un privilège rare de pouvoir assister à sa propre renaissance. Il se réapproprie son œuvre passée comme il le ferait de celle d’un inconnu. En insufflant un sens nouveau, une vie nouvelle. C’est précisément cette expérience qui est à la base de sa démarche depuis 2006
Désormais Armand Gfeller est un glaneur ayant constitué peu à peu une archive considérable. Il met sur un même plan des fragments de son œuvre passée et l’œuvre perdue d’autres photographes, comme des séries de diapositives qu’il trouve régulièrement au marché aux puces à Bruxelles.Si ses questions tournent bien-sûr autour du rapport entre l’auteur et la photographie.Les images, ont-elles une vie propre? Font-elles partie d'une mémoire universelle, de ce qui nous traverse pour nous quitter?Ces dernières années, il élargit son questionnement à la poïétique, le moment de surgissement d’une œuvre, les possibilités de son existence. Et pour ce faire Armand Gfeller passe d’un médium à l’autre en fonction des circonstances. Le récit d’une promenade en forêt, l’aménagement bancale de son appartement, une rencontre particulière… tout est matière à transformation et à création. Ce qu’il tente de traduire c’est cet émerveillement, cet instant particulier d’exaltation où surgit la première intuition annonciatrice d’une œuvre.

Ingo Baltes
Nicolas Van Kerckhove



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